Weber trahi par la méthode

Alexandre Liot/ décembre 29, 2021/ Sociologie/ 0 comments

Weber était-il tout de même clairvoyant, ou se doutait-il que cette phrase serait un jour citée dans ce contexte, en affirmant que « les sciences sociales seront des sciences éternellement jeunes » ? Voici donc à travers trois chercheurs en économie toute l’ironie d’une loi qui défie l’histoire. Une loi empreinte d’un réalisme critique qui pourtant lui a peut être fait défaut .

C’est donc une critique de l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme que nous livrent trois chercheurs relayés dans le journal le monde par Pierre-Cyrille Hautcoeur, directeur d’étude à l’EHESS

Dans son ouvrage, Weber a une démarche comparative pour analyser les éventuelles différences entre pays protestants et pays catholiques. Selon lui le protestantisme s’est crée en opposition à la vente de billets d’indulgences, ce qui fait consensus. Et chaque fidèle à cette époque doit lire lui-même la bible pour en tirer ses propres conclusions, comme le veut l’idéologie protestante. Cela aurait eu pour effet d’augmenter le taux d’alphabétisation, et aurait favorisé le développement du capitalisme, donnant ainsi une avance aux pays protestants.

Pierre-Cyrille Hautcoeur s’intéresse au modèle « culturaliste ». Dans ce modèle ce sont les valeurs culturelles qui influencent les comportements réels, en l’occurrence les comportements économiques. La culture dans le modèle wébérien explique donc les variables politiques et économiques. Et les chercheurs décident donc de travailler sur une des sous conclusions sur les revenus: la religion explique les revenus.

Weber cherche à montrer que les catholiques investissent moins et n’augmentent pas leurs revenus ,ou moins que les protestants. Il cherche aussi à montrer de manière antagoniste que les protestants investissent, épargnent, et donc gagnent plus

Les chercheurs, qui sont économistes se sont plongés dans les données de l’Allemagne de l’époque comme en physique chimie, sans céder à l’illusion du positivisme, afin de résoudre le problème de la construction des données. Ils ont donc analysé les registres fiscaux avec niveau de revenus, d’épargne et d’alphabétisation de la population. Ce que weber n’avait pas fait. Les premiers résultats massifs sont qu’il n’y a pas de différence entre catholiques et protestants. Donc la thèse de weber est rapidement invalidée.

Cela peut être expliqué par d’autres facteurs. A l’est de l’Allemagne les ethnicités polonaises sont catholiques et sont significativement moins riches que ceux d’origine allemande. La variable indépendante serait donc l’ethnicité et non la religion. Donc les chercheurs ont regardé les statuts économiques et politiques de la minorité polonaise en Allemagne, et à cette époque le modèle de Bismarck s’oppose aux catholiques autrichiens et polonais (Kulturkampf). On construit une identité allemande. Weber n’était pas complètement neutre puisqu’il était dans le sillage de Bismarck et était très conservateur.

Le nationalisme allemand est donc à l’origine d’une forme de discrimination, du racisme anti slaves. Cela explique que les revenus des paysans polonais de l’époque sont plus faibles. C’est en raison des discriminations subies et c’est la seule variable que les sciences sociales puissent démontrer.

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